Chaque année, les mêmes tensions réapparaissent. En hôtellerie-restauration, en logistique, dans l’agriculture ou l’événementiel, les pics d’activité sont prévisibles… mais les difficultés de recrutement aussi.
Selon l'INSEE, sur une année, plus de 4 millions de postes sont pourvus sous forme de contrats saisonniers (certains travailleurs occupant plusieurs postes). Au plus haut de l’été, on compte plus de 780 000 postes saisonniers, soit 19% de l’ensemble des postes saisonniers de l’année et 2,1% des postes du secteur privé.
Alors que les saisonniers sont indispensables pour faire fonctionner l'économie française, les recruter n'est pas si facile : les équipes permanentes se retrouvent alors sous pression, les managers improvisent, et les RH font ce qu'ils peuvent pour accélérer les processus.
Or, le recrutement saisonnier ne se joue pas en pleine saison, mais se prépare plusieurs mois avant avec les bons outils et les bons processus.
Le recrutement saisonnier : un cas d’usage à part entière
Recruter des saisonniers n’a rien d’un recrutement classique.
Dans les centres commerciaux au moment des soldes, dans les entrepôts pendant les fêtes de fin d'année, dans les vignes à la fin de l'été pour les vendanges, dans le secteur de l’hôtellerie restauration, dans les stations de ski et les villes touristiques durant la haute saison... de nombreuses entreprises doivent recruter des saisonniers.
Pour y parvenir, le facteur temps est central. En effet, la saison ne s’adapte pas à vos délais internes et les volumes sont souvent concentrés sur une période courte. Sans compter le fait que les profils visés ont des attentes spécifiques : flexibilité, clarté, réactivité.
Pour les entreprises qui recrutent des saisonniers, la concurrence est simultanée. Sur un même territoire, plusieurs employeurs recrutent au même moment pour des missions comparables. Les candidats ont le choix et la population saisonnière est mobile. Étudiants, travailleurs en transition, profils internationaux : leur disponibilité est limitée dans le temps et leur engagement dépend fortement des conditions proposées.
De plus, le turnover est intégré au modèle de recrutement. Alors qu'il est pourtant plus facile de fidéliser que de recruter de nouveau, chaque année, une partie significative des effectifs doit être renouvelée. Sans stratégie de fidélisation, l’entreprise repart de zéro.
Dans la restauration, un retard de recrutement impacte directement la qualité de service. En logistique, un manque d’effectif désorganise toute la chaîne. Dans l'agriculture, les vendanges et les récoltes ne peuvent pas attendre. Le recrutement saisonnier est donc un enjeu opérationnel immédiat, pas seulement RH.
💡 Bon à savoir
Le travail saisonnier est très encadré par la loi : en tant qu'employeur, vous devez proposer aux personnes retenues un contrat à durée déterminée que l'on qualifie de CDD saisonnier. Il dispose de plusieurs caractéristiques propres :
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Pas d’indemnité de fin de contrat ou prime de précarité en l’absence d’accord collectif ou de convention collective ;
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Il peut être conclu sans que soit précisée une date de fin de mission (en raison des aléas liés à la saisonnalité) ;
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En l’absence de date de fin, le contrat doit toutefois indiquer que l’embauche est faite pour l’ensemble de la saison et comporter une durée minimale d’emploi ;
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Il est possible de proposer successivement, au cours d’une même saison, plusieurs CDD à un même salarié.
Comment recruter des saisonniers sans subir la saison ?
Le recrutement saisonnier devient problématique lorsqu’il est traité comme une urgence opérationnelle. Attendre que l’activité démarre pour lancer les recherches revient à réduire ses marges de manœuvre et à recruter sous contrainte.
#1. Penser en cycle plutôt qu’en urgence
Le recrutement saisonnier ne devrait jamais commencer au moment où la saison démarre. Adopter une logique de cycle consiste à intégrer le recrutement dans un calendrier annuel. En hôtellerie, par exemple, la préparation de la saison estivale devrait débuter dès l’automne précédent : bilan des effectifs, analyse des départs, estimation des volumes, identification des postes critiques.
Dans la logistique, les acteurs qui sécurisent leurs équipes pour le pic de fin d’année lancent leurs campagnes dès la fin de l’été. Résultat : ils recrutent dans un marché moins saturé et bénéficient d’un choix plus large.
Changer de temporalité permet de recruter dans des conditions favorables, et non sous pression.
#2. Capitaliser sur les anciens saisonniers
Un saisonnier qui a déjà travaillé chez vous représente un gain de temps considérable. Il connaît les outils, les standards, l’équipe et le rythme. Dans une station de ski, rappeler les serveurs et réceptionnistes performants de la saison précédente permet de constituer rapidement un socle stable. Les nouveaux arrivants sont alors moins nombreux à former, et l’expérience client est plus homogène.
Encore faut-il être capable d’identifier facilement ces profils, de conserver leurs coordonnées et de les relancer au bon moment. Un vivier structuré permet de segmenter les anciens saisonniers par poste, par site ou par niveau de performance.

#3. Adapter le process à la réalité des saisonniers
Un candidat saisonnier n’a ni le temps ni l’envie de suivre un parcours complexe. Dans la restauration, un processus en trois semaines avec plusieurs entretiens aboutira souvent à un désistement. À l’inverse, une journée de recrutement dédiée avec entretiens enchaînés et décision rapide permet de sécuriser les meilleurs profils.
Le principe est simple : moins d’étapes, plus de clarté, une réponse rapide.
Cela suppose aussi une organisation interne fluide. Centraliser les candidatures, partager l’information entre RH et managers, planifier les entretiens efficacement : la gestion des volumes doit être maîtrisée avec un ATS adapté à vos besoins pour éviter la dispersion.
#4. Redonner un rôle central aux managers
Le recrutement saisonnier ne peut pas être piloté à distance. Dans un hôtel, c’est le chef de réception qui sait combien de collaborateurs supplémentaires seront nécessaires en haute saison. Dans un entrepôt, c’est le responsable de site qui connaît les pics de charge réels. Impliquer les managers en amont permet d’ajuster précisément les besoins et d’éviter les recrutements approximatifs.
Mais leur rôle ne s’arrête pas là. Lors de l’entretien, le candidat évalue aussi son futur responsable. Un manager impliqué, clair sur les attentes et transparent sur les contraintes rassure et crédibilise l’offre. Cette proximité terrain est souvent déterminante dans la décision finale.
#5. Rédiger des offres qui parlent vraiment aux saisonniers
Une offre saisonnière doit aller droit au but. Un étudiant qui cherche un emploi d’été ne lira pas une description institutionnelle de l’entreprise. Il veut savoir immédiatement : combien d’heures par semaine ? Quels horaires ? Quel salaire ? Logement fourni ou non ? Travail en coupure ? Travail le week-end ?
Pour un poste en restauration, une annonce efficace indiquant les dates exactes du contrat, la rémunération, la possibilité de logement et le rythme de travail générera des candidatures plus qualifiées qu’un descriptif vague et généraliste. La clarté est un filtre naturel. Elle attire les candidats réellement disponibles et réduit les désistements.
#6. Aller chercher les candidats là où ils sont
Publier une offre sur un site carrière ne suffit pas pour recruter des saisonniers. Ces profils ne cherchent pas toujours activement, ou ne consultent pas les mêmes canaux que des candidats en CDI. Pour recruter efficacement, il faut adopter une logique proactive et multicanale.
Activer les réseaux sociaux
Les saisonniers (étudiants, jeunes actifs, travailleurs en transition) sont massivement présents sur les réseaux sociaux. Instagram, Facebook (notamment via les groupes locaux), TikTok ou même LinkedIn peuvent devenir de véritables leviers d’attraction.
Plutôt qu’un simple lien vers une offre, privilégiez :
- Des stories présentant l’équipe ou le cadre de travail ;
- De courtes vidéos montrant les coulisses ;
- Des témoignages d’anciens saisonniers ;
- Des posts sponsorisés géolocalisés sur les zones concernées.
Dans une station balnéaire ou une station de ski, une campagne social media ciblée localement peut générer un flux rapide de candidatures qualifiées, en particulier si elle met en avant les conditions concrètes (logement, ambiance, rémunération).
Utiliser des jobboards spécialisés et locaux
Les jobboards généralistes restent utiles, mais ils sont souvent saturés en période de pic. Pour émerger, il peut être pertinent d’utiliser :
Sur certains territoires, les forums emploi saisonnier organisés par les mairies ou les régions permettent de rencontrer en une journée des dizaines de candidats motivés. C’est un format particulièrement efficace pour recruter en volume.
Développer des partenariats locaux
Le recrutement saisonnier est profondément territorial. Établissements scolaires, universités, CFA, missions locales, agences d’intérim, associations étudiantes : ces acteurs disposent déjà d’un vivier de profils disponibles à des périodes précises.
Par exemple :
- Un partenariat avec un lycée hôtelier permet d’identifier des étudiants disponibles sur la saison estivale ;
- Une collaboration avec une mission locale facilite l’accès à des jeunes en recherche d’expérience professionnelle ;
- Dans l’agriculture, les réseaux locaux jouent un rôle clé pour recruter rapidement lors des récoltes.
Ces partenariats s’inscrivent dans la durée et sécurisent les saisons suivantes.

#7. Structurer la cooptation interne
Vos meilleurs ambassadeurs sont souvent vos collaborateurs actuels.
Mettre en place un dispositif simple de cooptation peut accélérer significativement le recrutement saisonnier. Un serveur peut recommander un ami disponible l’été. Un préparateur de commandes peut orienter un proche pour la période de fin d’année.
La cooptation présente plusieurs avantages :
- Des profils souvent plus engagés ;
- Une meilleure adéquation avec la réalité du poste ;
- Une intégration plus rapide.
Formaliser cette démarche (prime de cooptation, communication interne claire, process simplifié) transforme un réflexe informel en véritable levier stratégique.
Conclusion
Recruter des saisonniers efficacement implique de cesser de traiter ce recrutement comme une urgence annuelle. En l’intégrant dans une logique continue, en structurant un vivier exploitable, en impliquant réellement les managers, et en utilisant un ATS (logiciel de recrutement) comme Flatchr, vous mettez ainsi toutes les chances de votre côté.
Je suis créatrice de contenus RH chez Flatchr. Ma mission : vous aider à recruter mieux (et plus vite), sans vous noyer sous les articles à rallonge. Sur ce blog, je décrypte les tendances RH, je partage des conseils concrets et des retours d’expérience pour booster vos pratiques de recrutement. Le tout, avec une bonne dose de clarté, d’humain… et parfois même d’humour